Printemps des poètes : portraits de 4 poétesses françaises marquantes du 17e siècle

Longtemps évincées de l’histoire, les femmes de lettres du XVIIe siècle ont pourtant marqué la scène littéraire. À l’occasion du Printemps des poètes, les Éditions Vérone présentent quatre femmes, illustres poétesses de ce temps !

Êtes-vous un fin connaisseur de l’histoire littéraire ? Connaissez-vous ces figures de la poésie française ?

1.    Madeleine de Scudéry (1607-1701)

Connue également sous le nom de Sapho, Madeleine de Scudéry est issue d’une petite noblesse de province. Née au Havre, elle s’installe définitivement à Paris en 1640 et lance, en 1652, son salon littéraire, reconnu pour ses conversations érudites et galantes et pour accueillir les principales célébrités littéraires de l’époque.

Célibataire toute sa vie, la poétesse put se consacrer à une carrière littéraire qui dura près de cent ans. Un bon nombre de ses écrits furent signés par son frère, Georges de Scudéry, société patriarcale oblige, mais cela ne lui a pas empêché de connaître un certain succès littéraire en son temps. Son œuvre a ultérieurement été associée au mouvement de la préciosité qui fut largement critiqué, mais l’auteure a permis d’ouvrir la voie de l’écriture à toute une lignée de femmes de lettres, non sans difficulté.

Les Amoureux

L’eau qui caresse le rivage,

La rose qui s’ouvre au zéphir,

Le vent qui rit sous le feuillage,

Tout dit qu’aimer est un plaisir.

De deux amants l’égale flamme

Sait doublement les rendre heureux.

Les indifférents n’ont qu’une âme ;

Mais lorsqu’on aime, on en a deux.

2.    Henriette de Coligny de La Suze (1618-1673)

Henriette de Coligny naît à Châtillon-Coligny dans une famille protestante issue de la haute noblesse. Peu docile, la poétesse ne se soumet ni à la volonté des siens ni à sa condition de femme : elle se convertit au catholicisme, au terme d’un processus long et bruyant, et obtient l’annulation de son mariage.

Lorsqu’elle arrive à Paris, Henriette de Coligny devient dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche et se trouve alors au cœur d’une société où règnent la poésie et la galanterie. Au cours de ces événements, elle rencontre Madeleine de Scudéry qui devient son amie. Connue pour sa vie riche en audaces et en mœurs légères, l’auteure est aussi largement réputée pour sa beauté, son esprit et son talent.

Elégie II (extrait)

Le Printemps rappelait les amoureux désirs,

Et brillait dans son Char poussé par les Zéphirs

Suivi d’un doux concert, & couronné de rose,

Il exhalait dans l’air les parfums qu’il compose,

Et toute la Nature en un riche appareil

Languissait doucement dans le bras du Sommeil,

Quand la Bergère Iris en rêvant à sa peine,

D’une mourante voix près des bords de la Seine,

Exprima par ces mots le feu qui l’animait,

Et qu’elle sentait mieux qu’elle ne l’exprimait.

3.    Antoinette Deshoulières (1638-1694)

Surnommée la « Dixième Muse » ou encore la Calliope française par ses contemporains, Antoinette Deshoulières diversifia sa plume, en s’essayant de la chanson jusqu’à la tragédie, bien qu’elle ait principalement réussi dans l’idylle et l’églogue.

En fréquentant les salons littéraires du Marais, elle rencontre Madeleine de Scudéry et Madame de Sévigné. À cause de son sexe, Antoinette Deshoulière n’est pas éligible à l’Académie française à l’époque. Une de ses œuvres y est cependant lue en séance et elle est, par ailleurs, élue à l’Académie des Ricovrati en 1684 et à l’Académie d’Arles en 1689, ce qui lui vaut d’être la première femme académicienne en France.

Les Fleurs (extrait)

Que votre éclat est peu durable,

Charmantes fleurs, honneur de nos jardins !

Souvent un jour commence et finit vos destins,

Et le sort le plus favorable

Ne vous laisse briller que deux ou trois matins.

Ah ! Consolez-vous-en, jonquilles, tubéreuses :

Vous vivez peu de jours, mais vous vivez heureuses !

4.    Marie-Catherine-Hortense Desjardins, dite de Villedieu (1640-1683)

Issue de la petite noblesse terrienne, Madame de Villedieu s’installe dans le Paris de l’après-Fronde et montre rapidement le talent de son esprit à travers les premières poésies et les premiers portraits qu’elle compose. Elle fréquente les salons parisiens, dans lesquels on l’admire, et gagne de solides protections, telles que Marie de Nemours.

Elle est la première femme de lettres à pouvoir vivre de ses écrits, et s’essaye à des genres littéraires très variés : romans, poésies, fables, pièces de théâtre… l’auteure est bien plus qu’une simple romancière.

Jouissance (extrait)

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas

Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas,

Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m’ôte le sentiment,

Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,

Et c’est dans cette mort que je trouve la vie.

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Si ces grandes femmes vous ont inspiré, soumettez-nous votre manuscrit !

Crédits photo : Pixabay