
Nous avons déjà consacré des articles à Sartre, Jane Austen ou encore George Sand. Aujourd’hui, c’est de Balzac que nous allons parlé. Il est régulièrement considéré comme l’inventeur ou, dans un discours plus modéré, le précurseur de la sociologie. Ses romans, connus pour être à rallonge, sont une véritable mine d’or pour celui qui s’intéresse à la société du XIXe siècle tant ils regorgent de détails sur ce temps. L’auteur possédait en effet un sens de l’observation très aiguisé, et il n’a pas hésité à puiser dans la matière qui l’entourait pour écrire ses fictions.
Connaissez-vous l’œuvre de Balzac ? Êtes-vous intéressé par la sociologie et les dynamiques sociales ? Êtes-vous à la recherche d’inspiration pour écrire un livre ? Si vous répondez par l’affirmative à une ou plusieurs de ces questions, la suite de cet article vous intéressera !
1 Balzac écrivain, une étude de cas en 3 parties
L’ouvrage Balzac, l’invention de la sociologie, dirigé par Andrea Del Lungo et Pierre Glaudes, est composé de trois parties. La première s’attache à décrire la façon dont Balzac, dans son travail de romancier, eut des qualités de pré-sociologue. Cela s’observe en effet dans ses livres : il a su s’approprier les différentes méthodes d’observation de son temps, telles que la classification des sciences naturelles, l’enquête, le développement de réflexions économiques, etc., et les réinventer. L’écrivain ne s’est pas contenté d’emprunter ces notions, sa pensée « sociologique » apparaît justement parce qu’il a su transposer et retravailler les discours qui existaient à son époque.
Dans un second temps, les auteurs proposent une lecture sociologique de son œuvre. Si celle-ci, tout en restant littéraire, peut largement témoigner d’une dimension sociologique, c’est parce que son auteur représente des objets propres à cette discipline. Balzac a effectivement dépeint les objets sociaux dont il était le témoin : ainsi en fut-il des classes sociales et de la manière dont l’argent produit des effets sociaux ambigus, ou encore de l’expérience du temps, avec l’apparition du concept de quotidienneté, ou bien, encore, des rapports sociaux modelés et déterminés par les questions des identités sexuelles, de la sexualité, du genre.
Enfin, dans une troisième et dernière partie, quelques articles s’attardent sur la comparaison entre Balzac et la sociologie moderne. L’idée défendue est celle que l’auteur a eu recourt à des schèmes de pensée inédits qui correspondent aux concepts mis en place lors du développement de la sociologie. Pierre Glaudes fait ainsi une lecture similaire de la manifestation sociale de l’anomie dans le suicide entre l’œuvre de Balzac et le Suicide de Durkheim (1897) ; Jacques-David Ebguy compare la représentation balzacienne de « l’être social » aux travaux de différents sociologues tels Bourdieu, Boltanski, ou encore Lahire.
2 Les 3 apports de Balzac à la sociologie
Selon Nathalie Heinich, « l’œuvre de Balzac est […] profondément, et […] originalement, sociologique ». La sociologue met en avant trois apports de Balzac à la sociologie.
Nathalie Heinich explique que Balzac met en évidence non pas des vérités factuelles mais bien des vérités représentationnelles : l’auteur, à travers l’univers mental de ses personnages, restitue avec force détails les idéaux, les valeurs, et bon nombre encore d’éléments sociaux propres à la société dans laquelle ses fictions s’inscrivent. De plus, Balzac adopte une posture de compréhension vis-à-vis de ses personnages. Il s’emploie à mettre au jour le monde intérieur de ceux-ci, ce qui les mue, les pousse à agir, tout en cherchant à comprendre les raisons intérieures et non pas à expliquer les causes extérieures. C’est ce que Max Weber a appelé, trois générations plus tard, la « sociologie compréhensive » ou « analytique ».
Le deuxième apport de Balzac est celui de la « neutralité axiologique », telle que formulée par Weber. L’auteur décrit longuement ses personnages et le monde dans lequel ses romans prennent vie, mais ne se risque jamais à la critique ou à l’éloge. Il s’agit là d’une ligne de conduite à la fois esthétique, éthique et épistémique.
Le troisième apport de Balzac à la sociologie est celui de la méthode des idéaux-types. Cette méthode consiste en la construction d’un « type » abstrait en s’appuyant sur l’observation inductive d’un objet. Dans l’œuvre de Balzac, ses héros, voire beaucoup de ses personnages, sont construits de cette façon : ils mettent en avant un type social aux propriétés bien visibles.
Cet article vous a inspiré une méthode de travail avant écriture ? Soumettez-nous votre manuscrit une fois qu’il est terminé !
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