
Cette année, le festival international du film d’animation de Rennes s’est tenu du 7 au 12 avril 2026. Cette trente-deuxième édition a présenté environ cent cinquante courts et longs métrages et a été enrichie par des rencontres et séances spéciales dédiées à la thématique annuelle : l’adaptation. Si le festival met l’accent sur la bande-dessinée et le jeu vidéo en particulier, les liens entre cinéma et littérature sont anciens.
À l’origine, les chefs-d’œuvre de la littérature ont été adaptés à l’écran pour donner ses lettres de noblesse au cinéma : la littérature était considérée comme plus prestigieuse. De nos jours, le cinéma a su conquérir le grand public et trouver de nombreux amateurs de cet art ; la recette littérature-cinéma continue cependant de rencontrer un franc succès, bien qu’elle puisse être parfois hasardeuse.
Et vous, êtes-vous plutôt favorable ou rébarbatif à l’adaptation ?
1 De l’écrit à l’écran
La France est le pays qui adapte le plus d’œuvres littéraires au cinéma, et cela marche : d’après une étude de 2024 du Centre national du livre, 33% des entrées en France sont générées par des adaptations !
Une transposition cinématographique peut, par ses procédés qui diffèrent de l’écrit, venir enrichir une œuvre littéraire. En effet, tout ce qui est de l’ordre de l’imaginaire dans un roman apparaît à l’écran. Dans un film il y a les sons, les musiques, tous les bruits, les décors, les mouvements, tous ces éléments qui sont des approches propres au cinéma dans l’art de raconter.
On ne trouve pas de silence dans un livre, les mots se suivent et permettent au lecteur de se créer une image mentale : dans la littérature, on imagine les temps de silence, mais toujours sous forme d’introspection ou de description du narrateur. Le cinéma, en revanche, se concentre principalement sur l’image.
Quand on pense à un film, on imagine souvent tout le travail visuel : le cadrage, le jeu d’acteur, la lumière, tout ce que la caméra capte sur l’instant ; on oublie souvent tout le travail de montage après le tournage. Un montage réussi apporte beaucoup à la qualité d’un film : c’est ce qui va permettre d’exprimer des ellipses, ce qui va rendre une scène dynamique, une image plus belle à l’écran.
Ainsi, si le cinéma s’intéresse aux rêves, aux émotions, aux sentiments apportés par la littérature, il le fait pourtant différemment.
2 Complémentaires dans leurs différences
Nous l’avons déjà dit, l’adaptation plaît au public. Si, au début du cinéma, certains s’offusquaient du potentiel déclin de la lecture qu’entraînerait ce nouvel art, il n’en est rien. En effet, beaucoup de spectateurs ont développé le goût de la lecture grâce au cinéma.
Guy Genest, enseignant de lettres, s’est beaucoup servi du cinéma pour enseigner la littérature et rend compte, après des années d’expérience, de la complémentarité entre ces deux domaines. D’après lui, une étude comparative entre une œuvre littéraire et une œuvre cinématographique permet une bien meilleure compréhension de celle-ci, et permet de toucher une audience plus importante.
Par ailleurs, un roman adapté en film permet de moderniser une œuvre. L’adaptation donne parfois un coup de neuf à un livre. Par exemple, Illusions perdues a rencontré un succès fulgurant à l’écran et a permis de donner plus de légèreté à l’œuvre originale de Balzac. Le cinéma permet ainsi de porter à la connaissance d’un plus large public des œuvres classiques.
Le cinéma n’est donc pas venu remplacer la littérature, il lui a, au contraire, permis d’explorer de nouvelles dimensions dans la façon de raconter une histoire. Si certaines adaptations ont été ratées, par manque de fidélité à l’œuvre originale ou de profondeur, d’autres, comme Les Misérables ou encore La tresse, ont revisité des chefs-d’œuvre de la littérature et sont venues appuyer la place du cinéma dans le monde de l’art.
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