La situation inquiétante des librairies indépendantes en 2026 : pourquoi est-il important de les soutenir ?

Pour leur 8e édition, les Rencontres nationales de la librairie (RNL) se sont tenues les 7 et 8 juin 2026 à Rennes. Si vous suivez l’actualité du monde du livre, vous n’êtes pas sans savoir que les jours des librairies indépendantes ne sont pas au beau fixe. Le bilan 2025 du Centre national du livre (CNL) est sans appel : la France compte plus de fermetures (85) que d’ouvertures (83) de ces établissements sur l’année passée.

Les fermetures touchent généralement des structures implantées récemment, situées dans de petites communes et dont le chiffre d’affaires est en dessous des 200 000 €. La fragilité économique de ces établissements repose bien souvent sur la faible rémunération des gérants : avec un chiffre d’affaires inférieur à 200 000 €, un salaire net représente moins de 5 000 €. Selon l’étude Fill, 60 % des librairies rurales réalisent moins de 300 000 € de chiffres d’affaires. Un chiffre qui alerte à l’heure où les chaînes telles que Decitre, Furet du Nord ou encore Gibert Joseph sont, elles aussi, menacées de disparaître.

Et vous, êtes-vous attachés à ces commerces de proximité, souvent lieux de refuge ? Connaissez-vous l’actualité alarmante des librairies ? Souhaitez-vous les soutenir ? Dans cet article, nous vous présentons la situation et parlons des moyens d’action.

1       Des chiffres qui alertent

Depuis le rebond des ventes de livres observé pendant la période Covid et post-Covid, la tendance est à la baisse. Le nombre d’exemplaires vendus est descendu de -2,5 % sur l’année 2025 et -13,8 % depuis 2021. Ce constat s’accompagne d’une concentration des achats vers des best-sellers et d’une hausse continue des charges. Malgré l’augmentation des prix des livres, les libraires ne s’y retrouvent pas : le recul des ventes en volume est trop important et la hausse des prix des livres trop modeste.

L’institut Xerfi, réalisant régulièrement des études portant sur la situation économique et financière des librairies indépendantes, avait constaté, dans une étude en 2024, que le chiffre d’affaires des petites librairies (au CA compris entre 100 000 et 500 000 €) n’avait augmenté que de 4,6 % entre 2005 et 2024, contre 18,8 % pour les grandes librairies (au CA supérieur à 2 millions €) et 22,3 % pour les librairies moyennes (au CA compris entre 500 000 € et 2 millions €).

À l’occasion des RNL 2026, l’institut a de nouveau réalisé une étude et celle-ci laisse entrevoir un horizon funeste pour l’année 2027. En effet, en conséquence de l’accroissement des salariés supérieur à celui du chiffre d’affaires, les frais liés au personnel (hausses automatiques du niveau du SMIC, augmentation du tarif des transports en commun…) se sont fait considérablement ressentir dans le chiffre d’affaires : + 4,3 points pour les moyennes librairies et + 3 points pour les grandes. À cela s’ajoutent les autres achats et charges externes (AACE) qui ont connu, eux aussi, une augmentation.

Pour 2027, Xerfi prévoit une augmentation des frais du personnel qui devrait s’élever, dans le cas d’une baisse du chiffre d’affaires, à hauteur de 23 % du CA des grandes et moyennes librairies (contre environ 20 % en 2025) et près de 21 % du CA des petites librairies (contre environ 19 % en 2025). Le taux des AACE, tels que l’indice des loyers commerciaux et le prix de l’électricité, devraient également augmenter. Si le CA des structures n’augmente pas d’au moins 2 % en 2026 et en 2027, certains établissements ne pourraient pas faire face à l’alourdissement de ces charges et afficheraient des résultats négatifs en 2027, voire dès 2026 dans un scénario pessimiste.

Un autre aspect est déterminant pour les librairies : celui du stock et de la logistique. La commande de la part des clients représente 29,5 % du CA, ce qui rend les délais absolument décisifs. Cependant, pour les librairies rurales, 57 % d’entre elles ne reçoivent que deux livraisons par semaine et 12 % seulement en reçoivent tous les jours. 43 % d’entre elles connaissent une logistique sous tension, et 16 % sont dans une situation critique. Les commerces plus modestes ne disposent pas des mêmes moyens que les plus grands pour optimiser leurs stocks ou en dynamiser la rotation.

2       Des concurrents coriaces

Dans ce contexte sous tension, ces établissements doivent également faire face à la concurrence des autres structures de distribution de livres. En particulier, les grandes surfaces culturelles telles que la Fnac, Cultura, les Espaces Culturels E. Leclerc, etc., et les spécialistes de la vente en ligne comme Amazon. Ceux-ci, en plus de profiter d’une visibilité accrue de leur plateforme, proposent une offre très large, dépassant la littérature et permettant de faire du bénéfice sur d’autres produits. Ils profitent également du développement des pratiques numériques du livre.

3       Les solutions envisagées

Pour renverser la situation, le Syndicat de la librairie française (SLF) envisage diverses solutions. Entre autres, le SLF espère plus de remises commerciales de la part des éditeurs et propose une taxe sur les revenus des grands acteurs du livre, tels que les maisons d’édition et les plateformes de ventes, dans l’optique de compenser les faibles dotations publiques qui sont consacrées au secteur, dotation par ailleurs en baisse.

L’institut Xerfi alerte lui aussi sur la nécessité de profonds changements et estime également qu’un meilleur partage au sein de la filière serait une solution, s’accordant ainsi avec la réclamation du SLF, mais que celle-ci resterait insuffisante pour préserver la stabilité financière des librairies.

4       Soutenir les librairies

Et vous, comment pouvez-vous agir ? La solution est simple : acheter des livres, et penser à vous tourner vers un commerce indépendant dans ce cas-ci. La conjoncture actuelle n’est pas évidente pour le lecteur, et pour peu de personnes évidemment, mais beaucoup de librairies indépendantes proposent également de l’occasion ou une sélection de livres neufs à prix largement abordables.

Pour faciliter les démarches d’achats dans ces établissements, il existe de nombreuses applications régionales, telles que Chez mon libraire pour la région AURA, permettant de commander un livre auprès d’un libraire de proximité et de ne le régler qu’après l’avoir retiré en magasin. Ces regroupements de libraires indépendants selon les régions sont à retrouver sur le site Librairies indépendantes.

Si vous souhaitez que votre livre se retrouve en librairie, soumettez-nous votre manuscrit.

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