Du 16e siècle à nos jours, la longue querelle de l’orthographe : connaître la langue pour la maîtriser

Le français est la langue romane la plus difficile à maîtriser à l’écrit. Depuis le XVIe siècle, son orthographe ne cesse de faire débat et d’être modifiée. Connaître cette vieille querelle est une affaire de culture générale, mais cela permet aussi de comprendre la langue et, ainsi, de mieux la maîtriser. Si vous êtes auteur ou rêvez d’écrire un livre, cet article est fait pour vous !

Connaissez-vous ces débats qui continuent d’enflammer l’actualité ? Quel est votre parti : orthographe traditionnelle ou réformée ?

Le Moyen Âge : un monde multilingue

Le français que l’on connaît aujourd’hui n’a pas toujours été la langue officielle du pays. En effet, au Moyen Âge, la civilisation est essentiellement orale et c’est le latin qui est utilisé pour le commerce, le droit et l’administration. Dans le Royaume de France, tout le monde ne parle pas de la même façon : il existe des langues dites vernaculaires, c’est-à-dire des dialectes propres à chaque communauté locale et parlés dans les foyers.

Le français que l’on utilise de nos jours et depuis quelques siècles s’appelait à l’origine la langue d’oïl. Parlée à Paris, elle s’impose progressivement comme langue officielle en France. La première date importante à retenir à ce sujet est 1539 : c’est au mois d’août de cette année que François Ier signe l’ordonnance de Villers-Cotterêts, un texte de loi qui instaure le français comme langue officielle du droit et de l’administration. L’intention principale de cette ordonnance est de faciliter la compréhension des décisions de justice dans le pays. Ce texte de loi, qui est un des plus anciens en France et toujours en vigueur à l’heure actuelle, donne une véritable assise juridique au français.

La langue comme marqueur social : adopter une approche étymologique ou phonétique ?

L’invention de l’imprimerie donne lieu à un débat qui occupe encore l’actualité de notre époque : les imprimeurs lancent un mouvement de simplification de la langue afin de réduire les coûts d’impression. Si celui-ci échoue, il va cependant donner lieu à un litige qui perdurera au fil des siècles. Cette idée de simplification repose sur la fidélité de la prononciation des mots : c’est l’approche phonétique. Celle-ci a été défendue en premier lieu par Jacques Peletier du Mans, qui soutint que l’on devait « écrire comme on parle ».

Il fut suivi de Louis Meigret qui critique ardemment les adeptes d’une orthographe étymologique. Ceux-ci défendent la nécessité de relatiniser la langue afin de lui redonner une forme plus noble, plus monumentale. La peur d’une écriture jugée trop maigre est un des arguments à l’appui. Cette querelle entre les « Latins » d’une part et les « Modernes » d’autre part met en lumière des arrière-plans politiques et sociaux : les réformés sont soucieux du peuple qui n’a pas accès aux langues savantes (latin et grec) et donc à l’écrit.

Publié en 1694, le premier Dictionnaire de la langue française établie par l’Académie française vient mettre un terme à ces débats. L’orthographe traditionnelle est préférée afin de distinguer « les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes », un choix conservateur et élitiste qui explique les difficultés actuelles que les francophones non-latinistes rencontrent avec les lettres muettes. Au fur et à mesure des éditions, l’Académie tend finalement vers une simplification de la langue.

Les débats actuels

C’est en 1989 que le gouvernement reprend la main. Michel Rocard, premier ministre à l’époque, fonde un Conseil supérieur de la langue française afin d’aider l’Académie à se remettre au travail. Les membres de ce conseil proposent de multiples recommandations, telles que la suppression de l’accent circonflexe sur le « i » et le « u », les pluriels des mots composés et des mots d’origine étrangère, qui sont adoptées à l’unanimité.

Cependant, Lionel Jospin, ministre de l’Éducation nationale, oublie de transmettre les rectifications aux professeurs afin de clarifier ce qui doit être enseigné, et le débat ne se réveille que vingt-cinq ans après. Ainsi, ces recommandations n’apparaissent dans les manuels scolaires qu’en 2016 et provoquent de vives inquiétudes auprès des fervents défenseurs d’un français traditionnel.

Aujourd’hui, le débat entre conservateurs et réformateurs est toujours d’actualité, mais le Dictionnaire de l’Académie française n’est plus le seul à éditer la graphie de notre langue. Certains ouvrages tels que le Larousse ou le Robert prennent des initiatives et intègrent des néologismes ou des mots empruntés. Cela continue de défrayer la chronique, notamment à l’heure des réflexions sur l’écriture inclusive.

Relisez votre manuscrit à l’aune de ces informations et envoyez-le-nous !

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